« j’ai cru que c’était normal » : il gagne bien sa vie, mais n’arrive pas à épargner

En Suisse, l’épargne n’a rien d’évident pour une grande partie de la population. Des enquêtes récentes montrent qu’une personne sur deux, selon les périodes et la façon de mesurer, n’arrive pas à mettre de l’argent de côté de manière régulière.

Le témoignage de René illustre un paradoxe devenu courant. Sur le papier, tout va bien. Il travaille à plein temps comme développeur web. Avec son compagnon, le couple dispose d’un revenu net confortable, autour de 12 000 francs par mois. Pourtant, l’épargne reste faible, au point de devoir lisser certaines dépenses importantes sur l’année.

une enfance marquée par les poursuites et la peur de manquer

René raconte avoir grandi dans un environnement où les rappels, les saisies et les procédures faisaient partie du décor. Enfant, il s’endormait parfois avec une angoisse très concrète : voir un huissier débarquer et emporter des biens du foyer. Sur le moment, il n’avait pas le recul pour nommer la situation. Il pensait simplement que c’était la normalité d’une famille comme la sienne.

Sa famille vivait dans un immeuble de logements sociaux. Les adultes travaillaient, mais l’argent ne suffisait pas toujours. René n’a pas connu la faim. Il avait même des jouets, grâce à un proche qui compensait. Mais l’équilibre restait fragile, et la moindre facture pouvait faire basculer l’ambiance à la maison.

le déclic à l’école : découvrir l’écart social

C’est plus tard, pendant son apprentissage, que René prend conscience de l’écart entre son quotidien et celui de certains camarades. Là où d’autres sortent une carte bancaire familiale sans réfléchir, lui doit compter avec un petit budget hebdomadaire. Cette période installe une idée forte : il ne veut plus revivre une vie organisée autour des calculs, des compromis et de l’inquiétude.

À ce moment-là, sa motivation n’est pas de devenir riche. C’est de sortir de la sensation d’étouffement. Ne plus se demander si la fin du mois passera. Ne plus avoir honte de refuser une sortie ou de faire semblant de ne pas avoir faim.

l’argent comme revanche : acheter pour rattraper le temps perdu

Une fois son apprentissage terminé, René quitte rapidement le foyer familial. Et il fait ce qu’il s’était interdit pendant des années : il achète. Beaucoup. De l’équipement informatique, une télévision, des jeux, des gadgets. Souvent à crédit. Il adopte une logique héritée de son environnement : tant que ce n’est pas la dernière relance, ce n’est pas vraiment grave.

Le mécanisme s’installe. Plus son salaire progresse, plus son niveau de dépenses suit. Il lui arrive même d’être stoppé net au moment de payer, carte refusée faute de solde. Avec le recul, il décrit cette période comme un mélange de soulagement et d’aveuglement : soulagement de pouvoir enfin posséder, aveuglement sur l’impact cumulé des petites décisions.

Avec le temps, René coupe avec le crédit. Il revient aux paiements comptants, ce qu’il vit comme une victoire. Mais un autre schéma persiste : l’argent entre, puis ressort presque aussitôt.

deux revenus, des charges fixes raisonnables, mais aucune réserve

En regardant les dépenses structurelles, tout semble gérable. Le couple paie environ 2 200 francs de loyer, un leasing autour de 400 francs, et près de 900 francs d’assurance maladie. Sur un revenu net de 12 000 francs, on pourrait imaginer une capacité d’épargne confortable.

Le problème est ailleurs. Le reste se dissout dans ce que René appelle les dépenses du quotidien : sorties, envies spontanées, achats plaisir, confort au supermarché, petites décisions répétées qui finissent par peser lourd. L’habitude, dit-il, est d’acheter sans trop se poser de questions.

Son compagnon fonctionne de façon similaire, mais pour une autre raison. Lui a grandi dans un contexte plus aisé, où certaines dépenses étaient naturelles… jusqu’au jour où la situation familiale a changé. Résultat : l’un dépense pour compenser le manque d’hier, l’autre dépense par réflexe de normalité. Ensemble, ça devient un style de vie, plus qu’un accident.

quand l’épargne ne “sert à rien”, elle n’existe pas

René connaît la règle classique : idéalement, disposer de plusieurs mois de salaire en réserve pour encaisser un imprévu. Il sait aussi qu’avec leur niveau de revenus, ils pourraient économiser beaucoup plus. Mais il ne se met pas réellement en mouvement, parce qu’il ne voit pas à quoi cela mènerait.

Dans son raisonnement, les grands objectifs semblent hors de portée ou peu désirables. Ils ne veulent pas d’enfants. Devenir propriétaires ne lui paraît pas réaliste. Alors l’épargne devient un effort sans récompense visible. Et quand l’effort ne raconte rien, la tentation de profiter tout de suite prend le dessus.

la retraite comme point d’interrogation

C’est surtout la vieillesse qui ramène le doute. Le couple a un troisième pilier, mais ils ne l’alimentent pas toujours. René observe le débat public sur AVS et a le sentiment qu’on annonce sans cesse une fragilité du système. Dans ce contexte, il n’attend pas de miracle et imagine qu’il devra peut-être recourir à des prestations complémentaires plus tard, ce qu’il considère comme une forme de solidarité légitime.

Ce point est central : son rapport à l’argent n’est pas uniquement technique. Il est émotionnel, biographique, presque culturel. Il ne s’agit pas seulement de “mieux gérer”. Il s’agit de croire que ça vaut le coup.

ce que ce témoignage raconte, au-delà de son cas

Des études sur l’épargne en Suisse montrent que beaucoup de personnes jugent l’épargne importante, mais qu’une part nettement plus faible arrive réellement à mettre de l’argent de côté sur une période donnée. Une enquête menée par Baloise avec YouGov indiquait par exemple que moins de la moitié des répondants avaient épargné au cours des six derniers mois.

Le cas de René met une lumière crue sur un point : on peut “bien gagner sa vie” et rester vulnérable, non pas par manque de revenus, mais par inertie d’habitudes, par fatigue mentale, et par absence de projet qui donne du sens à l’effort.

Si tu veux, je peux aussi te faire une version plus courte type presse (350 à 450 mots), ou une version plus “témoignage” avec davantage de narration et un rythme plus émotionnel.

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